Plus grand que l’univers + 1000 + 80

Aujourd’hui, c’est la fête d’Alice. Un événement : 6 ans! Alice, c’est la fille de mon frère. Et Alice, c’est Alice! Expressive, colorée, enjouée, chaleureuse, inventive et plus mignonne que ça, tu meurs. Elle vit à Montréal, donc je ne pouvais être là ce soir, mais ce n’est que partie remise. Je l’appelle donc, en début de soirée et c’est elle qui répond. Mon grand ado et moi entamons un «Joyeux anniversaire!» et des hourras. Elle trippe à l’autre bout du fil et j’en profite pour lui faire un peu de jasette. Pas trop longtemps quand même : il y a des invités et c’est l’heure du gâteau avec 6 chandelles et des cadeaux (ça, c’est en nombre illimité).

Là, on en est aux aurevoirs :

Moi : « Je te fais un gros colleux et je te donne pleins de bisous! »

Alice : « Moi, je t’aime plus que le ciel! »

Moi : « Moi, je t’aime plus que la mer! »

Alice : « Moi, je t’aime plus que le ciel + ma maison! »

Moi : « Moi, je t’aime plus que le ciel et la mer! »

Alice : « Moi, je t’aime plus que l’u-ni-vers! »

Moi : « Moi, je t’aime plus que l’univers + 100! »

Alice : « Moi, je t’aime plus que l’univers + 200! »

Moi : « Moi, je t’aime plus que l’univers + 300! »

Alice : « Moi, je t’aime plus que l’univers + 400! »

Moi : « Moi, je t’aime plus que l’univers + 1000! »

Alice : « Moi, je t’aime plus que l’univers + 800! »

Moi : « Bravo! Tu as gagné Alice! »

Alice : « Mais, est-ce que 800 c’est vraiment plus grand que 1000? »

Moi : « Non. Tu as raison, 1000, c’est plus grand que 800. »

Alice : … « Alors, si je dis plus que l’univers + 1000 + 80, est-ce que j’ai gagné? »

Moi : « Oui, mon cœur, tu as gagné! »

J’avais dit brillante?

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Fou ce qui allume un gars

Elle a 20 ans. Elle est belle comme un cœur, elle est grande, prend soin de son jeune corps et il le lui rend bien. Elle a beaucoup d’entregent et accueille toujours son entourage avec un magnifique sourire. Elle a des projets plein la tête et la vie devant elle. Elle est encore aux études et travaille en parallèle. Elle est généreuse de son temps et de sa personne. Et elle a un amoureux.

Cela fait maintenant près d’un an qu’ils sont ensemble. Il est plus vieux qu’elle ( 24 ans) et elle aime sa maturité. Il a un petit côté indépendant qui n’est pas désagréable. Elle aime bien, se réservant elle-même des soirées avec ses amies de fille. Elle habite encore chez sa mère et quand il vient à la maison, ils dorment ensemble au sous-sol. Une nuit, elle se réveille en entendant du bruit. Elle ouvre les yeux et il est là, en train de s’habiller à 2 heures du matin.

«Mais qu’est-ce qui se passe? Tu fais de l’insomnie?»

Pas de réponse.

«Mais où tu t’en vas comme ça?»

Rien.

«Mais t’as vu l’heure»?

Il a fini de s’habiller. «Je m’en vais. Je m’en vais pour de bon, je ne reviendrai pas». Et il joint le geste à ses paroles. Il part, en plein milieu de la nuit. Aucune explication. Aucune négociation possible. Elle entend le bruit du moteur, puis celui de la voiture qui quitte l’entrée asphaltée. Elle est confuse, consternée, stupéfaite et sans voix : « je rêve ou quoi?» Ils ne se sont même pas disputés, il n’y a rien eu de spécial ce soir, ni le soir d’avant. Elle commence à capoter : il est fou ou quoi? Mais qu’est-ce que j’ai fait?

Elle monte voir sa mère à l’étage. Elle la réveille. Même à 20 ans, on a encore bien besoin de sa mère. «Maman, il est parti!»

«Quoi?»

«Il est parti je te dis et je ne sais même pas pourquoi!»

Sa mère se lève, pour ne pas réveiller son conjoint et descend à la cuisine avec sa grande fille. Elle fait ce qu’une mère doit faire. Elle écoute et console sa fille de son chagrin en grosse boule. Elle lui dit aussi ce qu’une mère doit dire : «On est en plein milieu de la nuit. Je suis sûre que vous allez vous reparler demain et qu’il va t’expliquer ce qui s’est passé. Là, tu ne peux rien faire à cette heure-ci  et tu as de l’école demain, il faut que tu dormes». Mais elle pense aussi ce que toute mère pense : l’écoeurant! Si je l’avais en face de moi…

Elle ne dort pas vraiment, se lève fripée, n’a pas faim, mais fait ce qu’elle doit faire : elle va à l’école. Et comme toute jeune adulte, elle regarde son cellulaire aux trois minutes pour voir s’il n’aurait pas laissé un texto.  Elle appelle sa mère au bureau, elle renifle et a besoin de se faire rassurer. La journée passe : toujours pas de texto. Et il n’y en aura pas. Elle décide de lui en laisser un. Elle veut comprendre. Il ne répondra jamais. Alors s’en suit un enfer de 72 heures : crises de larmes, emportements, des «mais qu’est-ce que j’ai dont fait?», et des «je ne mérite vraiment pas ça», aussi «avant-hier il me disait encore à quel point il m’aimait», et «je croyais qu’un gars plus vieux serait plus mature». Tempête, colère, déception : sa mère reçoit tout, comme toute bonne mère. Elle est là, elle veut aider, mais il y a des choses qui ne lui appartiennent pas. Il faut que la tempête passe. N’empêche que c’est dur. On voudrait prendre leur peine. Ça nous ferait moins mal.

Puis, le quatrième jour, la tempête s’est tue. «Merci maman. Ça va mieux. J’ai décidé que si lui ne sait pas ce qu’il veut, moi je le sais. Je ne me morfondrai pas pendant des mois. Ça ne vaut pas la peine. Il faut que je passe à autre chose, je vaux plus que ça. » Et elle fait ce qu’elle a dit. Elle passe à autre chose et, quelques semaines après, elle rencontre un nouvel amoureux.

Trois mois après l’évènement nocturne, elle reçoit un texto. LE texto qu’elle avait attendu pendant 72 heures. «J’aimerais te parler. Vraiment, s’il-te-plaît rappelle-moi.» Bien sûre qu’elle n’a pas rappelé. Ni texté. Il la relance. Il n’aura pas de réponse. La semaine suivante, elle le croise par hasard. Il s’impose : «Je voulais m’excuser pour ce que j’ai fait. J’ai été vraiment con. J’ai réalisé après à quel point je t’aimais. En fait, je t’admire! Quand j’ai vu que tu ne t’accrochais pas, que tu ne me harcelais pas… En fait, je suis vraiment impressionné de la manière dont tu as géré notre séparation. Ça m’a fait tomber en amour avec toi! Je t’aime, tu comprends?»

«C’est trop tard, tu avais juste à y penser avant.» Elle le plante là et continue son chemin.

L’estime de soi, ça ne s’achète pas en magasin. Ce n’est pas donné à tout le monde. Il y en a qui vont la chercher toute leur vie. Et dans cette catégorie, se trouvent souvent les écœurants.

Fou ce qui allume un gars.

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La peine de ma mère

En fait, ce n’est pas de ma mère à moi dont il est question ici, mais de celle d’une amie. Elle est comme moi, dans cette zone de notre vie où les rôles vont bientôt s’inverser, i.e. prendre soin de nos parents, comme ils l’ont fait pour nous. De son côté, tout s’enchaîne sur une période de quelques mois. L’automne dernier, tout d’un coup, son père commence à faire et à dire des trucs bizarres, non habituels. Mon amie doit s’occuper de le conduire à quelques reprises chez le médecin afin qu’il soit soumis à des tests. C’est elle aussi qui doit lui expliquer qu’on va lui retirer son permis de conduire, le permis de sa liberté fonctionnelle. Sa mère en souffre naturellement, ne reconnaissant plus là le conjoint avec qui elle a fait sa vie.

Aussi, ce qui est bouleversant dans cette histoire est que tout d’abord, le père de mon amie était, aux dires de celle-ci, très égoïste et très dur avec sa mère. Mon amie avait un énorme conflit de personnalité avec son père et a toujours cherché à protéger sa mère. Et là, cet homme qui a toujours envoyé valsé son entourage, demandait des soins, avait besoin qu’on s’occupe de lui. Mon amie a deux sœurs. Mais, il y a toujours un élu dans chaque famille qui prend les choses en main ou dont les parents se sentent plus en confiance ou moins bousculés. Mon amie a donc hérité du rôle d’aidante-naturelle. Pour l’instant, les résultats des tests ne sont pas probants chez son papa: on parle de démence ou d’Alzheimer.

Mais entretemps, i.e. la semaine dernière, la mère de mon amie s’est mise à avoir de fortes douleurs à la poitrine. En super-héroïne, mon amie a volé à son secours : hôpital, examens, mise sous observation, et, en parallèle, s’assurer que son père  ne manque de rien. Finalement, sa maman a une bactérie au cœur, quelque chose de rarissime. Elle qui n’a jamais pris une pilule, s’est retrouvée chez elle avec huit sortes de comprimés différents à avaler quotidiennement. Son père lui, ne comprend pas ce qui s’est passé et lui demande où elle était partie.

Elle : « Sais-tu ce qui me fait le plus de peine dans tout ça? C’est la peine de ma mère. »

Je ne suis pas sûre de bien comprendre.

Elle : « Mon père à quelque part, je m’en fous. Il a été trop dur et il a fait de la peine à ma mère toute sa vie. Par contre elle, malgré la faiblesse au niveau de son cœur que l’on vient de lui découvrir, elle a de la peine pour mon père. De le voir dépérir comme ça. Après tout ce qu’il lui a fait. Alors j’ai de la peine. J’ai de la peine de la peine de ma mère. »

Moi : « … » (soufflée)

Elle : « Aussi, ce qui me touche le plus et qui me donne envie de pleurer est de voir comment les gens autour de moi réagissent. Tous les collègues qui se pointent dans mon bureau en me disant : Puis, ta mère? Le monde est tellement fin. Ça me touche droit au cœur. Je suis émue»

Ce qui rend ces quelques phrases encore plus poignantes, est que la personne dont je parle est de nature, une grande gueule (mais une belle, bonne, droite et courageuse grande gueule). Elle prend de la place, parle fort et revendique ses opinions. Elle est aussi immensément généreuse, hyper créative, défricheuse et une boule d’énergie. Mais ses véritables sentiments ne sont pas toujours clairs. On devine une infinie tendresse à l’intérieur d’elle, malgré des coups de gueules bien sentis. Cette journée-là, elle m’a prise un peu de court. Sa sensibilité était tangible, sa peine, réelle et douloureuse.

Elle ajoute : «Tu sais, jusqu’à l’an dernier, mes parents n’avaient rien (sa maman mi-soixante-dix, son papa fin soixante-dix). Ma mère marchaient 2 heures ½ par jour, mon père avait pleins de projets en cours. Personne ne l’a vu venir. Ça arrive tout d’un coup. Paf! La veille, tout allait sur des roulettes (bonnes vieilles chicanes). Le lendemain, tout bascule. Profites-en, ça va tellement vite (nous avons le même âge et nos parents aussi).

Je m’en retourne obnubilée par les paroles prononcées par mon amie. Une nouvelle pensée qui essayait de se frayer un chemin depuis quelques temps traverse mon esprit : j’ai peur. J’ai peur que les gens que j’aime changent. J’ai peur qu’ils souffrent. J’ai peur d’être la grande personne. J’ai peur de ne plus être, moi non plus, la même après.

Parce que moi aussi j’ai une grande gueule. Et que moi aussi, je la sors toute croche ma sensibilité. Mais là, il ne s’agit plus de moi. Il s’agit d’apprendre à gérer la peine. Celle de ceux que j’aime.

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Oh! Dieu! J’ai péché!

Oui je vais pécher juste là, là. Je vais porter un jugement sur un des joyaux de la Ville de Québec. Notre ville en compte plusieurs et quelques-uns seront visibles parmi les images qui seront diffusées dans 56 pays ce soir, pour une nouvelle édition du Red Bull Crashed Ice (genre de circuit tue-la-mort défié par une gang de kamikazes en patin à glace en mal de commotions cérébrales).

Mais là n’est pas le sujet. Je reviens d’un pèrinage. J’étais pourtant bien préparée. Psychologiquement s’entend. Eh! Oui! Les filles, vous aurez deviné que je parle du nouveau Simmons. NOTRE magasin, celui qui est né chez nous et que nous avons daigné exporter à Mourial (et non pas l’inverse). Toutes les québécoises magasinent chez Simmons. C’est comme aller à l’épicerie. On ne se pose pas de question. Mais là, il y avait un événement super attendu, i.e., l’ouverture du NOUVEAU Simmons : méga grand, sur 3 étages, full fenêtres et 3 fois plus de marchandise. Oh! La, la. Fallait pas manquer ça. Un événement de notre vie qui allait bouleverser notre quotidien. Eh! Bien voilà. Notre quotidien va vraiment changer. Notre vie ne sera plus jamais pareille. Le péché : je n’aime pas mon nouveau Simmons… Oups! Je l’ai dit.

Effectivement, c’est tellement grand, qu’il m’aurait fallu un GPS. J’ai perdu tous mes repères : les zones ne sont pas clairement définies et se promener dans les rangées ressemble à une épreuve dans un labyrinthe. Au lieu de quelque chose de simple comme des allées perpendiculaires, c’est plutôt un emberlificotage de racoins qui ont tendance à nous faire tourner en rond. Ron, ron, petit patapon. Et allô la lumière. À part la devanture fenestrée de bas en haut, le reste des départements reçoivent une lumière artificielle tamisée. Tellement tamisée qu’on dirait que rendu là, ils n’avaient plus de budget. Qu’ils avaient complètement défoncé. Il faudrait presque des lampes-torches. On ne voit même plus la vraie couleur des vêtements. En fait, je vais aller plus loin, quitte à m’enfoncer : tout a l’air fade. Et il y a tel-le-ment de marchandise, qu’on ne voit plus rien. Bonsoir la tendance zen et dégagée. Là, c’est tellement compact, que la tête te tourne, mais pas dans le bon sens. Et je vais y aller d’un autre jab : cet empilage de vêtements les rend cheaps. Ah! Seigneur, pardonnez-moi. Signe immanquable : j’ai passé 1 heure dans ce truc et je n’ai rien acheté. Zéro. Niet. Nada. Déçue je vous dis. Pire que ça : j’avais hâte de sortir. Peut-être que j’ai attrapé un virus. Je ne peux être normale et penser comme ça.

Mais aujourd’hui j’ai péché. Je vais faire trois tours de piste de plus à la course et je mangerai des rôties sans beurre toute la semaine. Je le promets sur ma carte de crédit.

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La liste

Sur l’heure du midi, je vais prendre une marche par ce guilleret jour qui sent le printemps. Sur mon parcours, je passe devant cette boutique où, au début de l’automne, j’avais repéré, voire essayé, un manteau de mi-saison. Ce manteau était importé d’Europe, comme tous les vêtements de cette boutique. C’est en partie pourquoi le manteau d’hiver européen, devenait un manteau de mi-saison ici, dans le nord de l’Amérique. Je décide d’entrer même si je sais que les prix sont exorbitants. Des soldes printaniers, pourquoi pas?

Ne voyant personne, je repère finalement la gérante assise au fond de la boutique dans un fauteuil de velours vêtu, avec une vue imprenable sur la porte d’entrée. Elle est au téléphone : business. Je la salue. Elle opine de la tête. Je fais le tour des collections qui franchement, ont de la gueule, mais font mal au portefeuille. La gérante a toujours les jambes croisées, me suit du regard, mais continue sa conversation.

Après avoir fait le tour, je reviens vers un îlot où j’ai aperçu ledit manteau, en solde. J’enlève le mien, le pose sur un fauteuil et pendant que je passe les manches, oh! Magie! J’entends la gérante dire à son interlocuteur qu’il va falloir qu’elle le laisse puisqu’elle a une cliente dans la boutique. Pourtant, la cliente est là depuis près de dix minutes, mais le flair d’une vente devient plus probant lorsque la cliente décide d’essayer. Tout d’un coup, je devenais importante. Un bonjour radieux-ne-fait-il-pas-un-magnifique-soleil-à-l’extérieur? «J’espère-que-vous-profitez-bien-de-cette-journée? Attendez que je vous aide à enfiler le manteau. N’est-il pas ma-gni-fi-que? C’est un manteau de mi-saison parfait pour porter à cette période de l’année. Ah! Et sur vous, c’est une splendeur! Vous êtes grande et avec la couleur de vos cheveux… Tournez pour voir… Ah! Oui! Une splendeur!» «Je crois qu’il est un peu serré par contre. Il me faudrait une grandeur au-dessus.» «Hum. Attendez que je vérifie. Non. L’autre est encore plus petit. Vous savez, ce sont des grandeurs européennes!» (Européennes  ou américaines, ce manteau est trop petit). «Mais attendez que je vous montre autre chose…Voilà! Aimez-vous ce modèle? C’est très tendance.» «Il est très beau en effet, mais je n’ai pas besoin d’un manteau court. Je préférais le mi-long.» «Oui mais attendez, je viens de recevoir une merveille. Regardez. Et je l’ai dans votre grandeur!» «Oui, mais ce n’est pas ce que je cherche, je vous remercie.» Nous avons finalement fait ensemble le tour de la boutique. Elle avait l’air de dire, «maintenant que j’ai raccroché le téléphone…» Lorsqu’elle n’eut plus rien à me montrer, elle sort un catalogue de sous le comptoir. «Mais voyez ces modèles. C’est le même designer qui a dessiné le manteau que vous avez essayé tout à l’heure. Regardez ces coupes.» Pour la plupart, ce sont des modèles que je n’ai pas vu en boutique. «Ah! Mais vous savez, nous avons notre liste de clientes. Lors de l’arrivage de la nouvelle collection, nous appelons nos clientes régulières et faisons un 5 à 7 privé. Beaucoup de ventes sont faites à ce moment.» J’ai alors le goût de lui faire une suggestion : pourquoi ne pas répéter l’exercice, mais pour une autre liste de clientes : celles qui veulent profiter des rabais de fin de saison, c’est-à-dire, ce que la première liste n’aura pas acheté?

Aussi, ce que je n’ai pas mentionné, est que les vêtements sont tous des échantillons, donc des tailles européennes aux environ d’un 6 ans et moins. C’est entre autre pour ça que le manteau est serré : je ne fais pas partie de la clientèle cible. D’ailleurs, mon hôte me le rappelle gentiment lorsque je me dirige vers la sortie : «Comme vous le disiez plus tôt, puisque vous êtes présentement en perte de poids, revenez nous voir. On vous trouvera sûrement un petit quelque chose…»  

Pendant que je me reboutonne, ma guide est déjà retournée à son fauteuil, et est revenue en business, au téléphone. Et si je continuais ma perte de poids tout en plaçant mes gains dans une tirelire, peut-être que cette fois elle raccrochera dès mon arrivée, comme les madames-format-échantillon doivent avoir droit???

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Tout nu tout nu tout nu.

Il y en as-tu assez du tout nu? Encore du tout nu?  Du tout nu à la maison, à la plage, au lac, dans un camping de tout nus. Tout nu par-ci, tout nu par-là.  Tout nu ici, tout nu là. Être tous tout nus. Être seul et tout nu. Être deux et tout nus. Se faire prendre tout nu. Chanter tout nu. Danser tout nu. Travailler tout nu. Être jeune et nu. Aimer le nu. Peindre du nu. S’aimer nu. Être pauvre, malade et nu. Être beau, riche et nu. Être nu comme vers. Se mettre à nu. Film de nus. Amateur de nus. Des modèles nus. Manger des fraises nu. Faire le ménage nu. Courir nu. Nager nu. Plonger nu. Faire de la poterie nu. Tricoter nu. Cuisiner nu. Se foutre de ta gueule de tout nu. Jouer au cricket nu. Vendre des vers nu. Nu intégral. Nu vu de dos. Nu vu de face. Nu devant le miroir. Nu devant l’éternel. Regarder la lune couché sur le dos et nu. Passer le balai nu. Nu-vite au parc. Je me sens nu. J’ai les pieds nus. Mettre mon âme à nu. Mise à nu. Pratiquement nu. Élevé nu. La vérité toute nue. Édifice nu.  La tête nue. Jambes nues. Se battre à mains nues. À l’œil nu. Marcher nu-jambes.  Courir nu-pieds. Sortir nu-tête. Dormir nu. À demi-nu. Dos nu.  Être complètement nu. Nu comme un ver. Va-nu-pieds. Photos de nus. Poser nu. Torse nu. Se marier nus. Se faire bronzer nu. Nu-fesses. Expo de nus. Plus nu que ça, tu meurs!

 «Elle doit être devenue complètement barjo la pauvre fille. Elle disjoncte la nana. ‘Sais pas ce qui se passe avec elle.»  C’est ce que vous pensez, non? Eh! Bien, non mes amis, on appelle ça de la promo! Ouais, de la promo. Vous devez vous douter que le mot «nu» est l’un des plus utilisé comme «tag» (mot-clef) dans tous les moteurs de recherche. À coup sûr, mon texte sur les tout nus va sortir dans les premiers liens de Google. La preuve, je n’ai jamais eu autant de visiteurs sur mon blogue que lorsque j’ai pondu mon texte intitulé «Tout nu sur la plage.» Un nombre record de touristes je vous dis! Pour ceux qui ont un compte sur WordPress (et les autres vous allez l’apprendre), nous blogueurs, avons accès à une foule de statistiques, tels que le nombre de visiteurs et les mots-clés qui ont permis d’accéder à notre délire mis en mots.  Et l’effet du tout nu perdure, croyez-moi. Je bénéficie encore des retombées de ce texte écrit il y a quelques semaines. Je suis dans les liens qui correspondent au nu, aux tout nus, aux jeunes hommes nus, aux jeunes hommes nus sur la plage. Le seul problème est qu’ils doivent être BIEN DÉÇUS ces chercheurs d’or. Ils tombent sur un truc où il n’y a même pas de photos. Rien qui ressemble à ce qu’ils cherchent. Et rien qui s’en rapproche non plus. Donc, mon taux de rétention chez cette clientèle doit être bien bas. Mais, vous ne croyez pas, quand même, qu’il peut y avoir quelques pervers voyeurs qui s’intéressent un tant soit peu à la prose? Qu’une petite envolée lyrique leur fera oublier momentanément le vrai but de leurs recherches? Que le titre, méga-provocateur, les fera s’intéresser au propos? Rêve ma belle, rêve; comme dans «Cours Forest, cours».

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On se comprend pas, là.

On se comprend pas, là.

J’ai un colis à poster. Alors je me rends au bureau de poste de mon quartier. Il y a déjà une cliente au comptoir et une autre qui attend. Je dézippe mon manteau, la cliente a l’air d’avoir plusieurs transactions à faire. Une fois partie, l’autre cliente s’avance. Je n’ai rien contre les gens qui veulent faire la jasette avec  les marchands du coin, puisque ce sont parfois leurs seules relations sociales. Mais, peut-être pas lorsque quelqu’un attend derrière eux? Peut-être à une autre heure de la journée? Mme X, en plus de raconter une partie de sa semaine à la caissière, fait maintenant l’éloge de tous les timbres exposés en vitrine : «Hooonn! Qui sont beaux! C’est-tu beaux les belles fleurs! Ça fait penser au printemps. Ah! Ben! Ceux-là, je les avais achetés pour le temps des fêtes. Y faudrait que je me trouve une autre sorte. Mais là, j’ai dépensé cette semaine, ça va être pour une autre fois. Ah! Oui! Vous les vendez en paquet de dix? C’est bon à savoir. Pis ceux-là, mon Dieu qui sont beaux. J’aime ça acheter des timbres. Ça parais-tu?» Et ça continue comme ça pendant 5 autres minutes… Je me dis que la préposée est bien patiente. Pour ma part, ça fait longtemps que je n’ai plus mon manteau sur le dos et que j’essaie de faire rappeler ma présence. Lorsque c’est enfin mon tour, je m’aperçois qu’elle aussi, c’est une bonne partie de son réseau social qui déambule devant elle. Elle trippe fort service à la clientèle. C’est rare qu’on reproche ça non, un trop bon service? «Ça va bien madame?… Bien. Besoin de timbres (non, d’une dinde)? Bon. Là, je pèse le colis. Là, je le mesure. C’est bien. Pour le courrier régulier ça va faire… 5 et 32. Pour un express… ça va faire 7 et 12… et pour un turbo, ça va faire 9 et 89. Ça va faire 8 et 78 pour livraison avant 17h00 demain avec les taxes. Besoin d’une signature à l’arrivée? … Non. Bon. Pas de signature. Bon.  Besoin d’une assurance?…Non. Pas d’assurance (peut-être qu’elle pense que je suis malentendante ou non-voyante). Bon. Là, je colle l’étiquette sur votre enveloppe.  Ha! Elle est un peu croche! Mais, ça va. Ça va, hein? Ça fait 8 et 78 avec les taxes. Merci. Huite et soixantedixhuite. Voilà. Bon. Voici votre reçu (elle prend un stylo). Ici là, vous avez un numéro. Là (elle fait un beau cercle). C’est le numéro de suivi de votre colis et s’il arrive quoi que ce soit, avec ce numéro, on va savoir où il est rendu. C’est beau ça? Pour demain cinq heures. C’est assuré. Avez-vous besoin d’autre chose avec ça? (surtout pas). Je vous souhaite une trrrrrrrrès belle fin de journée madame. Au revoir.» Vite. Un café.

Je me rends à mon Starbuck’s. Je commande un corsé. Nous sommes au début d’un après-midi venteux et il n’y a presque personne (rare). Une étudiante d’environ 17 ou 18 ans est assise à une table pas très loin. Je pianote sur mon laptop. Elle enlève ses bottes, étend ses jambes sur une chaise, étale tous ses papiers et bouquins sur la table. Et puis l’envie de faire un téléphone la prend. Elle sort son cell de sa sacoche géante et compose un numéro. « Heille! Jo! C’est So.» Écoeurant le nombre de décibels qui sortent de sa bouche! J’ai l’impression qu’elle parle à travers un amplificateur. Et je suis à deux chaises. Et je n’ai pas du tout le goût de savoir sa vie privée! «Ouen. T’as manqué quecque chose hier! C’tait full chill! Heille, on est allé au Palace avec  Pat pis Stef. Gab est venue nous rejoindre. La musique était écoeurante! On a dansé full! Pat nous a payé une couple de shooters…. Gab a été un peu malade, mais après, c’tait correct. …Ouen, Steph, y me regardait bizarre. C’est peut-être à cause de l’autre fois. Hum. …Ah! C’était malade en sal! Tu l’as essayé toi aussi! C’tait hot! … Ouen…. Je me suis couchée à 4 heures du mat. Là, faut que je fasse des devoirs. … Heille, mes bottes roses, ça pogné au boutte! … Mon chandail avec un corbeau en brillants. Ouen…. Ah! Ben elle! T’as pas vu ses pantalons! A l’avait de la misère à marcher! Méchante pétasse! Ben me l’avait dit qu’était folle. Son frère était dans sa classe l’année passée. ‘A pas rapport. ‘A ben pu sortir avec Le gros. Conne!… Ben, tsé quand on est allé magaziner l’autre fois, j’avais essayé un gilet décolleté dans le dos?… Ben une chance que je l’ai pas pris parce que Marjorie en a un pareil…. J’t’e jure! Heille, j’ferais pas des jokes là-dessus!… Cool!!! Tes parents sont-tu au courant?… Certain que j’va être là! Heille! Faut que je te laisse, j’ai quasiment pu de batterie! À plus! … C’est ça….Bye.» Ouf. Que c’est bon le silence. C’est comme si tout d’un coup, une horde de marteaux piqueurs s’étaient arrêtés pour un break. Fiou. J’étais-tu comme ça? Peux pas croire….

Après, je me rends à l’épicerie. C’est le Superbowl dans une heure. J’arrive à la caisse. Le caissier a à peu près 20 ans. Moi qui fais sa madame drôle : «Avez-vous manqué d’ailes de poulet!» «Quoi?» «Il ne doit pas vous rester beaucoup d’ailes de poulet!» «Pardon?»  Il ne la pogne pas. «Le Superbowl, ailes de poulet…» «Hein? De quessé?»  Ou j’ai l’air d’une déficiente désinstitutionnalisée, ou il est sur quelque chose. Enfin, j’espère pour lui.

Que de mots. Je crois qu’on se comprend pas là. Hello? La terre appelle le service à la clientèle.

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